• Régime Cétogène : vive le gras ?

    Publié dans ROSE octobre 2017

    Attaquer les cellules cancéreuses à coups d’avocat et d’huile de coco ? C’est l’objectif du régime cétogène, auquel l’institut Gustave-Roussy vient de consacrer un colloque. Enquête.

     

    Le régime cétogène serait-il le dernier régime miracle ?

    En tout cas, cette diète très riche en gras et  pauvre en sucre – carburant des cellules cancéreuses – suscite beaucoup d’intérêt. Au point que le Pr Ulrike Kämmerer, du CHU de Würtzburg, en Allemagne, a coécrit avec les Drs Christina Schlatterer et Gerd Knoll Le Régime cétogène contre le cancer (Thierry Souccar Éditions).

    Magali Walkowicz, nutritionniste près de Toulouse et auteure de Céto Cuisine, en explique l’idée : comme les cellules cancéreuses consommeraient dix fois plus de glucose qu’un tissu sain, on leur « ferme le robinet ». Mais, en contrepartie, on fournit à l’organisme 80 % de lipides. Pourquoi des lipides ? Parce que, s’il est privé de sucre, le corps se tourne naturellement vers la graisse, que le foie transforme en corps cétoniques, une source d’énergie transportée par le sang.

    Un pari qui se veut gagnant-gagnant : les cellules cancéreuses seraient privées de leur alimentation préférée et le patient ne manquerait pas d’énergies. «Comme le jeûne, la diète cétogène diminue la croissance des cellules cancéreuses et potentialise les effets de la chimiothérapie, confirme Magali Walkowicz. Mais elle n’engendre ni fonte musculaire, ni fatigue car il y a une prise alimentaire intégrant un apport de protéines, nécessaires au maintien de la masse maigre. » 

    « Associée à une activité physique régulière, c’est même aujourd’hui l’une des meilleures stratégies contre le cancer, ajoute carrément le Pr Ulrike Kämmerer. En Allemagne, de nombreux patients suivent déjà ce type de régime en accompagnement de leurs traitements médicaux. » 

    En France, certains hôpitaux, comme le CHU de Hautepierre, à Strasbourg, et l’hôpital Necker-Enfants Malades, à Paris, y ont également recours, mais pour soigner les enfants épileptiques. « Ce pourrait aussi être une approche en cancérologie, reconnaît le Dr Suzette Delaloge, responsable du comité de pathologie mammaire à l’institut Gustave-Roussy. Mais dans quels cas, on ne sait pas encore bien. Pour l’instant, les données dont nous disposons ne suffisent pas pour évaluer l’impact de ce régime sur la maladie et sur la qualité de vie. » 

    ENCADREMENT MÉDICAL

    Néanmoins, la piste du régime cétogène semble suffisamment sérieuse pour avoir fait l’objet d’un colloque à Gustave-Roussy en septembre.

    À l’origine de cette grand-messe de la nutrition, un patient, Jean-Jacques Trochon. Soigné pour un cancer du rein très agressif en 2003, puis victime d’une récidive en 2012 (avec 26 nodules dans les poumons), ce pilote d’Airbus s’estime « rescapé du cancer ». Refusant un traitement de fond pourtant recommandé par son médecin, le Dr Escudier, oncologue à Gustave-Roussy, il a été traité par chirurgie. « Mais après m’être beaucoup documenté, ajoute-t-il, j’ai aussi alterné régime cétogène et jeûne, et pris de la spiruline sous forme liquide, une algue naturellement riche en vitamines et minéraux. »

    Aujourd’hui guéri, Jean-Jacques Trochon a souhaité que des chercheurs internationaux, travaillant tous sur la diète cétogène, viennent exposer leurs résultats cliniques. Car, pour l’instant, la communauté médicale, plutôt réservée, met en avant le manque de preuves. Rappelant que « 40 % des patients sont dénutris », le Dr Bruno Raynard, responsable de l’Unité transversale de diététique et de nutrition de Gustave-Roussy, estime ainsi que « ce régime n’est pas dénué de risques. En attendant les résultats des études en cours, il faut vrai- ment qu’il soit très encadré ». Ce que conforme également le Dr Delaloge.

    Lorsque ses patients envisagent de le suivre, elle ne les en dissuade pas, mais les met en garde : « Exigeant et assez difficile à tenir sur le long terme, ce régime peut poser quelques problèmes sur le plan social et, surtout, nécessite un encadrement médical. » 

    Pour l’instant, on dénombre une trentaine d’études sur le sujet. Parmi les plus avancées, Kolibri, menée à Bad Kissingen, en Allemagne, chez des femmes ayant eu un cancer du sein, et Ergo, en cours à Francfort chez des patients atteints d’une tumeur cérébrale.

    « Il est urgent de mener des études cliniques de grande ampleur, en double aveugle, pour que ce mode d’alimentation puisse se faire admettre en cancérologie, indique Jean-Jacques Trochon. C’est ce que l’on voudrait initier à Gustave-Roussy. » 

    CHANTILLY, MASCARPONE…

    En France, certains patients n’ont pas attendu d’être inclus dans une étude pour s’y mettre.

    C’est le cas de Patricia, 68 ans, qui alterne jeûne intermittent et diète cétogène. Opérée en 2015, aujourd’hui sous hormonothérapie, elle est suivie par Magali Walkowicz.

    « Au début, c’est assez déroutant, reconnaît-elle. Pour que le corps entre en cétose, il a fallu que je change radicalement mes habitudes alimentaires : mettre de l’huile de coco dans mon café, manger beaucoup de viandes grasses, très peu de glucides… Mais on s’habitue ! Je me régale maintenant avec une salade de tomates et de haricots verts, des sardines et du saumon. J’ajoute des herbes, du curcuma… En faisant attention à ce que je mange, je deviens proactive. Je le fais pour moi, en plus des traitements, pour lutter contre la maladie et contre la douleur. Car depuis que je suis ce régime, ma tendinite me fait beaucoup moins souffrir. »

    Seul bémol : « Mon mari ne s’est pas du tout céto-adapté ! » Et son équipe médicale reste vigilante. « À un moment, j’avais perdu trop de poids et mon médecin est intervenu pour que j’en reprenne, ce qui a été possible en cadrant bien le régime cétogène dans ma consultation diététique. » 

    Même démarche pour Michèle, 70 ans, suivie à la clinique Labrouste, à Paris. « J’ai eu un double cancer du sein en 2003, raconte-t-elle. Et une récidive il y a cinq ans, avec de nombreuses métastases. En cherchant ce que je pouvais faire, je suis tombée sur le livre du Dr Schwartz, Cancer. Un traitement simple et non toxique (Thierry Souccar Éditions). J’ai commencé le régime cétogène et mes marqueurs sont passés de 411 à 35 après quatre mois de chimio. Mon cancérologue était stupéfait. Je ne me suis jamais sentie mal, bien au contraire. J’ai arrêté ma chimio il y a quatre mois et je fais six heures de jardinage par jour. Alors que j’avais un léger surpoids, ce régime m’a permis de perdre 11 kg. Mes triglycérides et mon cholestérol ont baissé, alors que je mange beaucoup de chantilly et de mascarpone ! ».

    Marie, 41 ans, en rémission d’un cancer du sein hormonodépendant et elle-même médecin, suit un régime cétogène depuis quatorze mois et n’envisage pas d’arrêter. « D’autant que mon mari suit le mouvement, pour que je sois moins tentée ! En hiver, il est facile d’organiser une raclette avec des amis : pour moi, les champignons remplacent juste les pommes de terre ! Plutôt bec sucré, j’adorais croquer dans une poire, un abricot ou une nectarine. Alors, parfois, je me l’autorise. L’objectif est de tenir sur le long terme et je sais que, s’il y a trop de frustration, je tiendrai moins longtemps. ».

    Déterminée à ne pas nourrir le crabe, et convaincue du lien entre index de masse corporelle et risque de cancer du sein, Marie souhaite rester dans la maîtrise de sa maladie.

    « Si le fait de renoncer à quelques gourmandises peut m’aider à voir grandir mes enfants, je n’ai aucune hésitation. ».

    Mais pour ceux qui trouveraient quand même le régime 100 % cétogène difficile à mettre en œuvre, il existe une alternative, le régime low-carb high- fat (faible en glucides et riche en gras), plus bénéfique que l’alimentation dite saine, qui limite la plupart des graisses et fait la part belle aux glucides. C’est le credo de Catherine Malpas, naturopathe, auteure de Faites la paix avec votre assiette (Éditions de La Martinière).

    Pour le Dr Laurent Schwartz, qui poursuit les travaux du Prix Nobel de médecine Otto Warburg, « le cancer est une maladie métabolique, liée à un dysfonctionnement de la digestion cellulaire, et à la fermentation du sucre ». Actuellement, il existe plus de 30 000 publications sur le thème « métabolisme et cancer ». Autant dire qu’il n’est pas le seul à plancher sur le sujet. 

    Par Céline Dufranc 

    LA JOURNÉE TYPE DE MARIE

    PETIT DÉJEUNER : 

    1 petit avocat, 1 tisane avec 1c.à café d’huile de noix de coco, 1 yaourt grec avec des graines de sésame, quelques amandes 

    DÉJEUNER : 

    Entrée (champignons à la crème par exemple) et plat chaud (viande blanche avec sauce au roquefort, par exemple, et légumes verts) 

    COLLATION :
    1 carré de chocolat à 90 % et quelques amandes ou 1c. à café de pâte d’arachide 

    DINER : 

    Légumes agrémentés de lipides (par exemple soupe de courgettes au curry et à la crème de coco), et de la vitamine c 

    A LIRE :

    Céto Cuisine de Magali WalkoWicz, Thierry Souccar Éditions

    Vous envisagez de vous y mettre ? Après en avoir discuté avec votre oncologue, plongez-vous dans cet ouvrage.
    Au menu ? Velouté d’avocat au lait de coco, escalope panée aux noix de pécan, gratin de courgettes au mascarpone, pancakes à l’huile d’olive, tarte fraises chantilly…
    Soit 150 recettes sans pain ni pâtes pour passer rapidement en état de cétose.

    « Mais, recommande Magali Walkowicz, ne vous lancez pas toute seule car le régime cétogène doit respecter les besoins de l’organisme, qui diffèrent d’une personne à l’autre et peuvent être modifiés par certaines pathologies comme le cancer. »  

    Mis à jour le 11 oct. 2017

  • Tabac, alcool et cancer : testez vos connaissances

    Par Camille Gaubert le 30.05.2018 à 09h08 sur Sciences et Avenir  


    40% des cancers sont évitables par un changement de nos comportements. Premiers sur la liste : le tabac et l’alcool, respectivement responsables du tiers et de 10% des décès par cancer. L’Institut national du cancer lance notamment deux mini-quiz interactifs pour tester ses connaissances.

    Quand il s’agit du cancer, est-il plus dangereux de fumer beaucoup mais peu de temps, ou peu sur la durée ? La bière est-elle moins dangereuse que le whisky ? Vous pourrez tester vos réponses sur le site de l’Institut national du cancer (Inca) dans deux mini-quiz très interactifs. Mis en place dans le cadre de la campagne de l’Inca et du ministère de la Santé « Savoir, c’est pouvoir agir« , qui vise à sensibiliser aux habitudes à risque, il vise les 40% de cancers qui pourraient être évités par des changements de comportements… Notamment vis-à-vis du tabac et de l’alcool.

    Principaux facteurs de risque de développer un cancer, la consommation de tabac et d’alcool est en effet responsable de près 60.000 décès par cancers chaque année en France. Pourtant, il s’agit de facteurs de risque modifiables, c’est-à-dire que l’on peut contrôler – contrairement à l’âge, au sexe ou aux antécédents génétiques, par exemple. En adoptant de nouvelles habitudes de vies, 40% de l’ensemble des cancers détectés par an pourraient donc être évités.

    Tabac : premier facteur de risque, il est à l’origine d’un tiers des décès par cancer

    Les cancers liés au tabac sont dus à de nombreuses substances cancérigènes comme le benzène, l’arsenic, le chrome, mais aussi à la fumée contenant du monoxyde de carbone et des particules fines (principaux responsables des maladies cardiovasculaires) et solides (liées aux insuffisances respiratoires). Sur les 150.000 décès par cancers recensés chaque année, 45.000 sont directement attribuables à la consommation du tabac, qui peut être à l’origine de 17 localisations de cancers. A l’origine de 80% des cancers du poumon, le tabac est notamment responsable de 70 % des cancers des voies aérodigestives supérieures (bouche, larynx, pharynx, œsophage), de 50 % des cancers de la vessie et de 30 % des cancers du pancréas. La meilleure stratégie pour réduire son risque individuel de cancers est de ne pas commencer à fumer, ou de s’arrêter, conseille l’Inca.

     

    E-CIGARETTE. Les produits toxiques contenus dans la cigarette n’existent pas à des taux significatifs dans la « vapeur » des e-cigarettes, explique l’Inca, qui s’attend donc à une réduction de ces risques chez les fumeurs de tabac qui passent à l’e-cigarette. Cependant, les données sur les effets d’une utilisation prolongée de ce dispositif sur la santé sont encore insuffisantes pour l’affirmer. Elle est donc déconseillée aux non-fumeurs. D’après le Haut Conseil de santé public (HCSP), l’e-cigarette peut toutefois constituer une aide pour arrêter ou réduire sa consommation de tabac, bien qu’elle ne soit pas officiellement considérée comme un produit d’aide au sevrage tabagique.

    Testez vos connaissances sur le tabac et le cancer

    Alcool : responsable de 10% des décès par cancer

    L’éthanol contenu dans les boissons alcoolisées est transformé dans l’organisme en composés favorisant le développement de cancers, explique l’Inca. Souvent nié ou méconnu, le caractère cancérigène de l’alcool est pourtant clairement établi. Il est responsable de 10 % des décès par cancer, soit environ 15.000 décès chaque année, ce qui en fait le deuxième facteur de risque évitable de cancers. Il est responsable de 58 % des cancers de l’œsophage, 16 % des cancers du côlon et du rectum et 15 % des cancers du sein parmi les 7 localisations de cancers qui lui sont attribuables. Ce risque de cancer augmente dès la consommation moyenne d’un verre par jour – quelle que soit la nature de l’alcool, vin, bière ou alcool fort – et de façon proportionnelle à la quantité consommée. Ainsi, toute consommation régulière d’alcool, même faible, est à risque, rappelle l’Inca. Pour diminuer efficacement son risque de cancers, pas de secret : il faut réduire autant que possible la quantité et la fréquence de sa consommation. Ainsi, le risque de développer un cancer des voies aérodigestives supérieures diminue après 10 ans d’arrêt de la consommation d’alcool. Après 20 ans, il est similaire à celui des personnes qui n’ont jamais bu.

    Testez vos connaissances sur l’alcool et le cancer

    FRANCE. Nous les Français sommes de gros buveurs par rapport aux autres pays. La consommation d’alcool dans l’Hexagone était ainsi estimée à 11,6 litres d’alcool pur par habitant en 2013, soit environ 2,5 verres de 10g d’alcool par jour et par habitant, d’après l’Inca. En baisse par rapport au début des années 1960 – où nous atteignions les 26 litres d’alcool pur par habitant et par an – cette consommation demeure néanmoins l’une des plus élevées en Europe et dans le monde.

    TABAC + ALCOOL. Les effets de l’alcool sont renforcés quand ils sont associés à ceux du tabac : leurs actions conjointes augmentent considérablement les risques de cancers des voies aérodigestives supérieures (bouche, larynx, pharynx, œsophage). Le risque de développer un cancer de la cavité buccale peut être multiplié par 45 chez les grands consommateurs de tabac et d’alcool.

  • Les polyphénols du thé vert et du vin rouge contre les maladies métaboliques

    Publié par Blog Nutrition Santé le 3 juillet 2018

    Les composés présents dans le thé vert et le vin rouge, connus sous le nom de polyphénols, peuvent bloquer la formation de métabolites toxiques.

    Cette découverte pourrait ouvrir la voie à des thérapies pour traiter les troubles métaboliques congénitaux.

    Une étude de l’Université de Tel Aviv (Israël), publiée le 3 mai 2018 dans la revue Communications Chemistry, suggère qu’il existe un espoir de traiter certaines maladies métaboliques congénitales innées.

    Un espoir trouvé dans le thé vert et dans le vin rouge, qui font déjà l’objet de nombreuses études pour leurs bienfaits sur la santé et le bien-être.

    Le pouvoir des polyphénols

    Les polyphénols du thé vert et du vin rouge peuvent aider à combattre les troubles métaboliques congénitaux.


    La plupart des personnes ayant des troubles métaboliques héréditaires naissent avec un gène défectueux qui entraîne une déficience enzymatique critique.

    En l’absence de remède, de nombreux patients atteints de troubles métaboliques congénitaux doivent suivre une alimentation stricte et exigeante durant toute leur vie.

    Cette recherche montre que certains composés trouvés naturellement dans le thé vert et le vin rouge peuvent bloquer la formation de métabolites toxiques.

    Menée par le professeur Ehud Gazit de la faculté des sciences de la vie de TAU (Tel Aviv University), la recherche a examiné deux composés : le gallate d’épigallocatéchine, connu sous le nom de EGCG, trouvé naturellement dans le thé vert, qui a attiré l’attention au sein de la communauté médicale pour ses avantages potentiels pour la santé ; et l’acide tannique, présent dans le vin rouge, qui est connu pour empêcher la formation de structures amyloïdes toxiques qui provoquent des troubles neurodégénératifs tels que la maladie d’Alzheimer et la maladie de Parkinson.

    La capacité de la nature à produire des médicaments puissants


    Dans le cas des maladies métaboliques congénitales, le corps ne produit pas d’enzymes métaboliques vitales. En conséquence, les métabolites — des substances qui sont, entre autres, les éléments constitutifs de l’ADN et des protéines — s’accumulent dans le corps, une accumulation incontrôlée qui est toxique et peut causer de graves troubles du développement et des troubles mentaux.

    « Cette nouvelle étude démontre une fois de plus la capacité de la nature à produire le meilleur candidat de médicaments pour traiter certaines des pires maladies humaines » précisent les auteurs.

    Collectivement, ce groupe de troubles constitue une partie importante des maladies génétiques en pédiatrie. La maladie phénylcétonurie (PCU, maladie génétique rare et grave), qui produit l’agrégation du métabolite phénylalanine, est une maladie métabolique innée commune.

    Les nourrissons atteints de PCU doivent suivre un régime strict sans phénylalanine (acide aminé essentiel à l’organisme) pour le reste de leur vie. S’ils ne le font pas, ils peuvent être confrontés à de graves problèmes de développement débilitants.

    « Mais c’est une tâche incroyablement difficile, puisque la phénylalanine se trouve dans la plupart des produits alimentaires que nous consommons« , précise l’étude. « L’évitement de certaines substances est le seul moyen de prévenir les effets débilitants à long terme des maladies métaboliques congénitales. Nous espérons que notre nouvelle approche facilitera le développement de nouveaux médicaments pour traiter ces troubles. »

    La recherche est basée sur deux études antérieures menées au laboratoire TAU. Dans la première étude, la phénylalanine s’est révélée capable de s’auto-assembler et de former des structures amyloïdes comme celles observées dans les maladies d’Alzheimer, de Parkinson et d’autres maladies neurodégénératives. Dans la seconde étude, d’autres métabolites qui s’accumulent dans d’autres maladies métaboliques congénitales ont également été soumis à des processus d’auto-assemblage et forment des agrégats amyloïdes toxiques.

    Les deux études ont conduit à une refonte de la compréhension de la communauté de recherche sur les maladies métaboliques. « Dans notre nouvelle étude, nous avons examiné si les molécules identifiées dans des études antérieures sur la maladie d’Alzheimer et d’autres maladies amyloïdes, qui inhibent la formation d’agrégats amyloïdes, pourraient également aider à contrer le processus de formation de métabolites amyloïdes dans les maladies métaboliques » indiquent les auteurs.

    EGCG et acide tannique : des alliés révolutionnaires


    La nouvelle recherche s’est concentrée sur l’EGCG et l’acide tannique en utilisant des tubes à essai et des systèmes de culture cellulaire. Les deux substances ont été testées sur trois métabolites (l’adénine, la tyrosine cumulée et la phénylalanine) liés à trois maladies métaboliques innées.

    Les résultats étaient prometteurs. L’acide tannique et l’EGCG sont tous deux efficaces pour bloquer la formation de structures amyloïdes toxiques. Les chercheurs ont également utilisé des simulations informatiques pour vérifier le mécanisme qui entraîne les composés.

    « Nous entrons dans une nouvelle ère de compréhension du rôle et de l’importance des métabolites dans diverses maladies, y compris les maladies métaboliques, les maladies neurodégénératives et même le cancer », concluent les auteurs. « Les outils que nous avons développés sont révolutionnaires et ont un énorme potentiel pour aider un large éventail de patients à l’avenir. »

    © Blog Nutrition Santé – Jimmy Braun – Juillet 2018

    Sources externes

  • L’huître, un nouveau modèle pour la recherche contre le cancer


    Par Loïc Chauveau le 24.03.2018 à 06h00


    Des chercheurs démarrent à Brest une nouvelle campagne de mesures sur l’adaptation des naissains d’huîtres à leur milieu naturel. Des recherches qui pourraient déboucher sur une meilleure compréhension du développement de cellules cancéreuses chez l’homme.

    EFFET. L’huître et l’homme, quel point commun ? Une protéine nommée VDAC à l’origine de « l’effet Warburg » (du nom de son découvreur) de prolifération des cellules cancéreuses chez l’homme. Cette relique d’une même origine datant de plusieurs centaines de millions d’années n’obéit pas à des mécanismes similaires chez le mollusque et le mammifère. Alors que l’effet Warburg est irréversible chez l’homme, il semble pouvoir être stoppé ou réactivé chez l’huître en fonction de son environnement très changeant. L’huître ne vit en effet que dans les espaces de balancement des marées, passant son temps alternativement dans l’eau et dans l’air avec toutes les variations thermiques que cela implique.

    Des chercheurs de l’Ifremer ont ainsi mesuré pour une seule journée d’avril 2017, des températures passant de 32°C au soleil à marée basse de jour à 13°C à marée haute et 2°C à marée basse de nuit. A chaque fois, il semble que l’effet Warburg s’active et se désactive selon la température, l’huître ne pouvant de toute façon que subir ces différences du fait qu’elle est ectotherme, c’est-à-dire que son organisme ne produit pas de chaleur.

    L’homme a une protéine en commun avec l’huître

    HERPES. On doit cette découverte publiée en 2014 dans Journal of proteomics à Charlotte Corporeau. Avant de verser dans la biologie marine, cette chercheuse de l’Ifremer a suivi toutes ses études en biologie médicale. «Au début des années 2010, nos équipes ont été mobilisées sur la détermination des causes des mortalités massives d’huîtres subies par les ostréiculteurs, narre Charlotte Corporeau. Nous avons ainsi étudié le rôle majeur de l’herpes virus OsHV-1. En étudiant son mécanisme d’action, nous nous sommes aperçus que le virus détournait à son profit l’effet Warburg ». Sans le passé médical de la chercheuse, ce phénomène serait passé inaperçu. Il intéresse aujourd’hui fortement toute la communauté de la recherche sur le cancer. Pourrait-on un jour utiliser les facultés de la protéine VDAC que l’homme a en commun avec l’huître ? Une perspective suffisamment alléchante pour que la Fondation ARC pour la recherche contre le cancer finance pour 2 ans le projet MOLLUSC coordonné par l’Ifremer avec l’Université Bretagne Occidentale (UBO), le CNRS et l’Inserm.

    L’étape suivante a donc lieu ces derniers jours de mars 2018. « Nous avons pour la première fois pu équiper des naissains (jeunes huîtres de 6 mois) d’appareils de mesure de température, poursuit Charlotte Corporeau. Nous allons disposer ces mollusques à différentes hauteurs de l’estran. En haut de l’estran, les animaux seront exposés à l’air 80% du temps de leur vie tandis qu’en bas, d’autres seront presque toujours dans l’eau. Nous pourrons ainsi analyser les réactions de leur organisme ». La dissection du cœur et des branchies, l’analyse du sang devraient ainsi donner tout un éventail des réactions physiologiques des huîtres et de leur activation à volonté de l’effet Warburg.

    Enregistrer les battements du cœur de l’huître

    CAPTEUR. Cette expérience scientifique met en exergue un petit exploit technique. L’Ifremer a en effet mis au point un capteur de température miniaturisé et autonome adapté à de minuscules naissains. Les chercheurs pourront ainsi corréler la température ressentie par l’huître avec l’activation de son mécanisme anti-warburg. Mais les conditions extrêmes de vie de cet animal incitent à tenter de percer les mystères d’un organisme capable d’encaisser de tels stress thermiques et environnementaux. Des collègues de Charlotte Corporeau essaient ainsi de mettre au point un appareil capable d’enregistrer les battements du cœur de l’huître !

  • Quatre cancers sur dix jugés « évitables » par des organismes de santé

    Publié par franceinfo:

    Santé publique France et le Centre international de recherche sur le cancer estiment que le tabac, l’alcool, une mauvaise alimentation et l’obésité sont les facteurs principaux de cancers dans l’Hexagone, et qu’ils pourraient donc être évités.

    Tabac, alcool, mauvaise alimentation et obésité : ce sont les quatre facteurs principaux en France de 40% des cancers. Ils seraient donc « évitables », estiment Santé publique France et le Centre international de recherche sur le cancer (Circ), qui dépend de l’Organisation mondiale de la santé. Chacun de ces risques tue beaucoup plus qu’il ne devrait, soulignent ces deux organismes dans des études publiées lundi 25 juin.

    Ainsi, sur les 346 000 cas de cancer diagnostiqués en 2015 chez les 30 ans et plus, « 142 000 (41%) auraient pu être évités si l’ensemble de la population n’avait pas été exposée aux facteurs de risque étudiés, ou si son exposition avait été limitée », écrit le Circ. « Pour agir efficacement, il faut mettre l’accent sur la prévention, et c’est à cela que les résultats de cette étude doivent servir, pour élaborer des campagnes ciblées de prévention et de sensibilisation du grand public », explique à 20 Minutes Isabelle Soerjomataram, membre du Circ et coauteure de cette étude, qui liste, au total, 13 facteurs de risque.

    Une prévention de l’alcoolisme insuffisante

    En 2015, plus de 54 000 cas de cancer chez les hommes et plus de 14 000 chez les femmes étaient attribuables au tabagisme (soit respectivement 28,5% et 9,3% de tous les nouveaux cas de cancer). Ces cancers (poumon, bouche, larynx, œsophage…) touchent surtout les classes populaires, avec un risque « de 1,5 à 2 fois plus élevé chez les 20% les plus défavorisés, par rapport aux 20% les plus favorisés », souligne le Circ. Si les hommes fument de moins en moins depuis les années 1950, Santé publique France rappelle « l’entrée en masse des femmes dans le tabagisme » parmi la génération du « baby-boom » (née entre 1945 et 1965). En nombre de cancers, cet attrait de la cigarette chez les femmes « aura des conséquences néfastes qui vont augmenter » jusqu’aux alentours de 2045.

    Les auteurs de cette étude estiment par ailleurs que la France peut beaucoup mieux faire dans la prévention de l’alcoolisme, responsable de 8% des nouveaux cas de cancer (28 000 cas en 2015). Santé publique France juge que « les actions de prévention ne sont à ce jour pas aussi développées que celles qui visent la réduction du tabagisme ». Elle souligne la prépondérance du vin dans la consommation d’alcool du pays (59% du volume), loin devant les alcools forts (21%) et la bière (19%).

    Le surpoids responsable de 18 600 cas en 2015

    L’alimentation déséquilibrée et le surpoids (incluant l’obésité) sont chacun responsables de 5,4% des nouveaux cas de cancer (respectivement 18 800 et 18 600 en 2015). Côté « malbouffe », le Circ pointe le risque d’une « faible consommation de fruits, de légumes, de fibres alimentaires et de produits laitiers, ainsi qu’une consommation élevée de viandes rouges et de viandes transformées ». Ce phénomène touche davantage les hommes. Côté surpoids et obésité, c’est l’inverse : les femmes sont plus concernées, ce facteur de risque étant important dans les cancers du sein et de l’endomètre.

    Les autres facteurs de risque « évitables » sont moins fréquents. On y trouve les « agents infectieux » (4% des nouveaux cas) tels que le papillomavirus humain ou la bactérie Helicobacter pylori (responsable de cancers gastriques), et les « expositions professionnelles » (3,6%), à l’amiante ou aux pesticides par exemple. Viennent ensuite d’autres facteurs : rayonnement UV (3% des nouveaux cas de cancer), radon dans l’air intérieur, pollution atmosphérique, substances chimiques dans l’environnement, etc.

  • Conférence Saint-Amarin – Une molécule prometteuse pour vaincre le cancer

    DNA THUR ET DOLLER                                                                   VENDREDI 16 MARS 2018

     Saint-AmarinSalle comble au CAP pour la conférence du Dr Schwartz

     Une molécule prometteuse pour vaincre le cancer

     

    Dimanche 11 mars, le docteur Laurent Schwartz était de retour au CAP pour évoquer devant six cents auditeurs, les dernières avancées décisives en matière de compréhension et de traitement du cancer.

     

     

     Daniel Walter, président de Thur Ecologie & Transports, et le cancérologue Laurent Schwartz,
    Qui a parlé des dernières avancées dans le traitement du cancer. PHOTOS DNA

     

    « Si notre société n’arrive pas à juguler cette épidémie de cancers, avec chaque année de 385 000 à 400 000 nouveaux cas détectés en France, notre système de santé risque de s’écrouler. Il est urgent d’ouvrir officiellement les portes à des techniques et des idées innovantes », a déclaré, en préambule, Daniel Walter, président de Thur-Ecologie et Transports, organisatrice de cet événement très attendu par les malades et les familles.

    « Une molécule infiniment puissante »

    Le cancérologue Laurent Schwartz « œuvre pour le bien des malades au développement de traitements novateurs et non toxiques du cancer ». Il a rappelé que « le cancer est une maladie simple liée à la fermentation du sucre ». C’est l’effet Warburg décrit par le médecin physiologiste, biochimiste du même nom dès 1924.

    Ces deux dernières années, le cancérologue s’est intéressé au dioxyde de chlore utilisé avec succès par des malades pour traiter leur cancer. « C’est une molécule connue et caractérisée, extrêmement petite et infiniment puissante. Elle passe partout, est active sur les cellules cancéreuses qu’elle détruit selon un mécanisme proche de celui de la chimiothérapie ».

    « Quelque chose de nouveau et de simple »

    Le dioxyde de chlore associé à l’acide alpha-lipoïque, à l’hydroxycitrate et au régime cétogène (riche en graisses, limité en protéines, et pratiquement sans sucres) constitue une alternative peu onéreuse et non toxique, défend le médecin. C’est une thérapie non-violente. Ses effets sont rapides, dès deux semaines. Le dosage des marqueurs tumoraux doit être fréquent et régulier pour contrôler l’évolution de la maladie. Les résultats cliniques observés sur neuf patients (trois adénocarcinomes de la prostate, deux glioblastomes, trois adénocarcinomes du pancréas, un cancer du sein) sont très encourageants. « Il existe quelque chose de nouveau et de simple pour remplacer et suppléer la chimiothérapie et traiter le cancer à court ou moyen terme, si la société civile bouge ! », a résumé le docteur Laurent Schwartz.

    Si d’aventure cette seconde rencontre, après celle de février 2017, s’inscrit dans une trilogie, la troisième devra logiquement s’intituler, a conclu Daniel Walter : « Victoire, nous avons vaincu le cancer ». Une espérance partagée par tous.

     


    Saint-Amarin – Conférence : Témoignages

    « Soyez acteur de votre propre guérison »

     « Soyez acteur de votre propre guérison » a conseillé Ghislain Hufschmitt.

     

    Francis Taulelle et Ghislain Hufschmitt ont en commun d’avoir affronté le cancer et décidé de « choisir leur parcours de soins » en suivant les préconisations du docteur Schwartz.

    « Mon cancer a été mis sous contrôle » a annoncé Francis Taulelle atteint d’un cancer agressif de la prostate d’emblée métastatique en août 2016 et dont le témoignage est paru dans les DNA du 1er mars.

    « Je devrais être enterré »

    « Je devrais être enterré à l’heure où je vous parle ! » a déclaré Ghislain Hufschmitt, un Colmarien de 50 ans. Le 1er décembre 2016, il apprend qu’il est atteint d’un « carcinome épidermoïde infiltrant la base de la langue… », autrement dit une tumeur de 4 cm et des métastases des deux côtés du cou.

    Il se tourne alors vers son homéopathe qui lui conseille la lecture du livre du docteur Schwartz. « J’ai, dès le début du mois de décembre, débuté le traitement métabolique (associations de médicaments et de compléments alimentaires) en y associant une alimentation cétogène stricte ».

    Un professeur ORL consulté évoque une échéance de vie très courte, des soins palliatifs à court terme. Pour ce spécialiste, la méthode du docteur Schwartz relève du charlatanisme. L’oncologue et le radiothérapeute qui suivent Guislain appliquent « les protocoles, rien que les protocoles »… et les hostilités thérapeutiques de la médecine moderne débutent le 28 décembre 2018 avec de la chimio et de la radiothérapie.

    Très rapidement, il lui est impossible de parler, boire ou manger. À l’hôpital des poches de nutrition à base de glucides lui sont proposées pour s’alimenter. Il les refuse.

    Le personnel du service d’oncologie connaît peu ou minimise l’impact des glucides dans le traitement du cancer. Sa femme lui a donc préparé des repas cétogènes sous forme liquide qu’il s’injectait directement dans l’estomac.

    Le 16 mai 2017 un scanner de contrôle indique que la tumeur et les métastases ont disparu, le résultat est confirmé le 8 août 2017 par un second scanner. Le 1er septembre 2017, il reprend le travail à temps plein, se remet au sport en octobre ; il s’entraîne trois fois par semaine en vue d’un semi-marathon !

    « Soyez acteur de votre propre guérison, ne vous laissez pas faire ! » a-t-il conseillé. Ghislain Hufschmitt est persuadé, sa femme également, que les rayons et la chimiothérapie n’auraient pas eu raison de ce cancer, sans la prise de compléments alimentaires associée à une alimentation cétogène stricte.

  • Un nouvel espoir porté par le Dr Schwartz

    lire l’article…

  • Conférence de Laurent Schwartz et témoignage de Francis Taulelle

    Conférence de Laurent Schwartz et témoignage de Francis Taulelle.Lire la suite…

  • La piste nouvelle du Dr Schwartz pour guérir simplement le cancer

    Publié le 15 mars 2017 / Brigitte Bègue (Reporterre)


    Laurent Schwartz est un récidiviste. Dans Cancer : guérir tous les malades, un livre paru en 2013 (éditions Hugo Doc), il affirmait que la lutte contre le cancer fait fausse route. Il réitère dans Cancer, un traitement simple et non toxique, publié l’an dernier (éditions Thierry Souccar). Un nouveau pavé lancé dans la mare de la cancérologie, qu’il assume parfaitement : « Aujourd’hui, le cancer tue 150.000 personnes par an en France. Malgré les milliards engloutis dans la recherche, la survie des patients n’a pas significativement bougé. À part chez les enfants, où les progrès sont réels, on meurt presque autant du cancer que dans les années 1960 dans les pays occidentaux. Certes, le taux de guérison augmente pour certains cancers, comme celui du sein, mais c’est surtout parce qu’un nombre plus élevé de tumeurs bénignes, non agressives, sont dépistées. » Au banc des accusés, « le trop-plein d’argent et le politiquement correct qui ont figé la recherche et empêché toute alternative ».

    Celui qui parle est un iconoclaste, mais n’a rien d’un fantaisiste. Cancérologue depuis 1993 à l’Assistance publique – Hôpitaux de Paris (APHP), il a fait ses études de médecine à la faculté de Strasbourg, dont son père était le doyen, puis s’est formé à la Havard Medical School, une faculté de médecine états-uniennes parmi les plus prestigieuses. « J’ai passé près de tente ans à travailler sur un sujet, le cancer. Le plus dur a été d’accepter que mes maîtres, en France ou à Harvard, ne savaient pas. Malgré tous les effets d’annonce, toutes les clameurs, il est une vérité : le roi est nu », écrit-il. Cette « vérité », Laurent Schwartz l’a rendue publique en 1998 dans Métastases, vérité sur le cancer (éditions Pluriel), où il décrivait les limites de la chimiothérapie et l’urgence d’explorer d’autres pistes. Une remise en cause qui lui a valu d’être exclu de l’APHP. Après une « réinsertion de façade », dit-il, il a longtemps été détaché auprès de l’École polytechnique, puis placardisé.

    « Par rapport à un tissu sain, un tissu cancéreux ingère dix fois plus de glucose »

    Mais Laurent Schwartz est un homme libre. Plus que jamais, il en est persuadé : si la guerre contre le cancer n’apporte pas les victoires espérées, c’est que cette « sale maladie » est plus simple qu’il n’y paraît. « Le cancer est probablement une maladie du métabolisme liée à un dysfonctionnement de la digestion cellulaire, explique-t-il. Lorsque la mitochondrie, qui est la centrale énergétique de la cellule, n’arrive plus à digérer le glucose et à le transformer en énergie, il ne brûle pas, fermente et s’accumule dans la cellule, qui se met à grossir puis à se diviser et à envahir les tissus. » Et d’ajouter, pour le profane : « Quand on fait du jogging, on brûle du sucre pour fabriquer de l’énergie et on ne grossit pas. C’est pareil avec la cellule. Au contraire du diabète, dont la cellule ne peut capter le sucre, car il n’y a pas assez d’insuline, le cancer, lui en est gorgé, car pour survivre, la cellule anormale s’en nourrit. Par rapport à un tissu sain, un tissu cancéreux ingère dix fois plus de glucose. » Pour preuve, quand un cancérologue veut vérifier la nature maligne d’une tumeur ou suivre l’efficacité de son traitement, il fait un Pet scan. Cet examen consiste à injecter du sucre radioactif au patient qui va vite être capté par les cellules cancéreuses, qui en sont friandes.

    La piste métabolique n’est pas neuve : elle a été ouverte par le biochimiste allemand Otto Warburg, prix Nobel de médecine en 1931. Des milliers de publications internationales y font référence et plusieurs équipes s’y consacrent actuellement. « Des chercheurs ont injecté des mitochondries de cellules normales à des cellules cancéreuses, ces dernières ont été guéries et ont cessé de se multiplier. Cela prouve que le cancer n’est pas une maladie du seul génome, comme on le pense », assure le médecin. Mais alors, le tabac, l’alcool, l’amiante et tous les cancérigènes figurant sur les listes officielles compteraient-ils pour du beurre ? « Mon propos n’est pas de minimiser leur toxicité, prévient-il. Ces agressions provoquent une inflammation chronique qui fait vieillir l’organisme prématurément et empoisonne ou inactive progressivement la mitochondrie. » Un mécanisme qui pourrait expliquer que les deux tiers des cancers se déclarent après 70 ans : « L’âge est le premier facteur de risque de cancer. Or, en vieillissant, l’oxygène n’atteint pas bien la mitochondrie, qui s’asphyxie, le rendement énergétique s’effondre. La cellule ouvre les vannes et se gorge de sucre. »

    Pour le chercheur, un des moyens de vaincre le cancer n’est pas uniquement de tuer les cellules cancéreuses, comme le font les traitements classiques, mais de rétablir leur métabolisme en relançant la mitochondrie. Une hypothèse que cet « explorateur », comme il se définit, teste avec une équipe de physiciens, mathématiciens, biologistes, médecins… Ils ont injecté des cellules cancéreuses à des souris de laboratoire et calculé la vitesse à laquelle elles grossissaient. Ensuite, ils ont listé une centaine de molécules courantes et pas chères susceptibles de ralentir leur croissance, qu’ils ont combinées et administrées aux animaux. Certaines tumeurs ont disparu, d’autres ont régressé. Fort de ces résultats, qui ont été publiés, Laurent Schwartz a demandé aux autorités de santé et à l’Institut national du cancer que des essais thérapeutiques soient menés sur des patients. Fin de non-recevoir. « Tout ça, ce sont des bêtises », commente un célèbre oncologue d’un hôpital parisien, qui n’en dira pas plus.

    « Le traitement métabolique est un traitement d’appoint à un traitement classique » 

    Laurent Schwartz va néanmoins choisir de franchir la ligne jaune, « non sans appréhension et insomnies », et de traiter quelques patients en dehors du cadre hospitalier et de la blouse blanche. Des hommes et des femmes qui ont lu ses livres et qui se savent condamnés à brève échéance. « Il était de mon devoir de médecin et d’homme de les aider ou, tout au moins, d’essayer. Je ne pouvais pas leur assurer que le succès serait au rendez-vous, seulement espérer que nos traitements expérimentaux, alternatifs à la chimiothérapie lourde qu’ils ne supportaient plus, leur assureraient plus longtemps de meilleures conditions de survie. » Concrètement, tous vont prendre, en plus de leur traitement standard, une association d’acide lipoïque et d’hydroxycitrate, deux molécules habituellement prescrites séparément à des patients pour soigner d’autres maladies, comme le diabète et qui doivent aider à brûler les dérivés du glucose. En parallèle, ils suivent un régime pauvre en sucres.

    Le cancérologue pense avoir trouvé un moyen de dynamiser l’efficacité des chimiothérapies et la survie des malades, mais il reste prudent : « Le traitement métabolique est un traitement d’appoint à un traitement classique dont il peut potentialiser les effets, mais il ne suffit pas tout seul. Les bénéfices les plus évidents portent sur le glioblastome. » Cette tumeur cérébrale, particulièrement agressive, a été diagnostiquée chez Anouk en 2014. Après une radiothérapie et deux chimiothérapies, son cancer grossit, raconte-t-elle à Reporterre : « J’ai compris que mes mois étaient comptés, mais je ne pouvais pas l’accepter. Une amie m’a mise en contact avec le Dr Schwartz. Je n’avais rien à perdre. Parallèlement à une troisième chimiothérapie, qui s’est terminée en novembre 2015, j’ai commencé son traitement. Je suis en rémission depuis septembre 2016. Mon oncologue me dit que c’est grâce à la chimio, elle ne veut pas entendre parler du traitement métabolique. Pour elle, il n’y a aucune preuve de son efficacité. Mais moi, je me demande si je serais encore en vie sans lui. » Laurent Schwartz note aussi une amélioration chez les patients atteints de cancers du poumon qui reçoivent en même temps une chimiothérapie ciblée. D’autres ont vu leur tumeur diminuer ou se stabiliser et ont pu bénéficier d’une chimiothérapie plus légère que prévu.

    Autant d’exemples empiriques qui font penser au cancérologue qu’il est sur une voie prometteuse, pour ne pas dire « révolutionnaire ». Mais les institutions de lutte contre le cancer continuent de faire la sourde oreille à ses demandes d’essais cliniques. « Trop peu de scientifiques, de médecins, osent s’aventurer en dehors des chemins balisés, hors de la pensée dominante. Pourtant, il est urgent que de nouveaux protocoles thérapeutiques puissent voir le jour. » En mars 2016, des cancérologues de renom alertaient sur le coût exorbitant des traitements. « L’armure commence à se fissurer », juge Laurent Schwartz. Le 14 février dernier, il a lancé un appel sur son site, à d’autres médecins pour établir « une communauté médicale ouverte ».


    Source : Brigitte Bègue pour Reporterre

    Dessin : © Tommy/Reporterre

    Photo :

    . Dr Schwartz : DR

  • Le surdiagnostic, par Dr Bernard Duperray

    Un article de Cancer Rose

    Le dépistage des cancers du sein et son objectif, un diagnostic plus précoce pour mieux guérir : un leurre pervers ?

    Par Dr Bernard Duperray

    Médecin radiologue retraité après 41 ans de pratique sénologique à l’hôpital Saint Antoine, Paris.

    Ancien président du comité scientifique pour la mise en place du dépistage du cancer du sein (à titre expérimental) dans l’Oise, a démissionné de ces fonctions en 1995, quand il s’est agi d’étendre le dépistage sur le plan national.

    Pas de lien d’intérêt.

    Abstract

    The average tumor size at diagnosis has been declining but one cannot see any drastic drop in mortality. Where a decline in mortality is observed, it is the same among screened and unscreened women. There is no decline in advanced forms nor in the number of total mastectomy. Epidemiological studies generated by screening provided evidence of its failure far above clinical findings. Trying to obtain an early diagnosis by screening mammography is an illusion.

    In addition, the setting up of mass screening revealed a significant pernicious effect : overdiagnosis and its corollary, overtreatment. Overdiagnosis is an explanation of the contradiction between the apparent success of the treatment on so called early diagnosed cancer thanks to screening and the absence of significant mortality reduction within the population.

    The need for a new definition of the cancerous breast disease and its natural history becomes evident.

    Tout a commencé par une évidence à priori intuitivement inébranlable

    Plus on détecte tôt un cancer du sein, plus la lésion est petite au moment du diagnostic, meilleur est le pronostic.

    C’est l’impression que donne l’observation clinique superficielle en dehors de toute considération épidémiologique.

    A partir de cette impression s’est élaborée l’hypothèse d’une histoire naturelle du cancer du sein qui a toujours cours aujourd’hui.

    Selon cette conception, une lésion de petit volume signifie une lésion diagnostiquée précocément. Petit et précoce sont synonymes de curable.

    Si l’on n’intervient pas, la progression de la maladie est inéluctable et linéaire dans le temps avec un enchaînement mécanique :

    Cellule atypique > carcinome in situ > cancer invasif > métastases > décès par cancer.

    Le cancer est perçu comme une maladie d’organe à extension progressive, loco régionale puis générale secondairement avec des métastases.

    Ce schéma est validé par Halsted, un chirurgien nord américain qui annonce en 1894 qu’une chirurgie radicale enlevant le sein, le plan pectoral, les ganglions, etc… diminue les récidives et permet de guérir la maladie.

    Dans le schéma « Halstedien» :

    la dissémination tumorale se fait mécaniquement.
    le type d’intervention détermine le devenir de la patiente.
    tout retard de diagnostic est préjudiciable.
    Le dépistage et, grâce à celui-ci, le diagnostic précoce devaient aboutir à une baisse drastique de la mortalité, à l’éradication des formes évoluées et à la diminution du nombre de mastectomies totales. Grâce au dépistage, on ne devait plus mourir prématurément d’un cancer du sein.

    Cette hypothèse paraissait d’autant plus plausible que le cancer du sein constitue un modèle pur pour la cancérologie qui revendique ce schéma : il siège dans un organe externe, facile d’accès, non vital, susceptible d’une chirurgie radicale. Tous les ingrédients d’un succès du dépistage étaient réunis.

    Quelles sont les constatations cliniques et épidémiologiques après 25 ans de pratique du dépistage à la recherche du fameux diagnostic précoce ?

    La lutte contre le cancer du sein a eu pour priorité la recherche d’un diagnostic précoce. Ainsi, la taille des tumeurs au moment du diagnostic n’a cessé de se réduire : on se plait à dire qu’on est passé entre les années 50 et 80 “ de la prune au noyau” avec une diminution du nombre de creux axillaires envahis.

    Aujourd’hui, la taille moyenne des tumeurs au moment du diagnostic est inférieure à 2 cm. Mais on n’observe pas la baisse drastique de mortalité attendue. Là où une baisse de mortalité est constatée, elle est identique chez les femmes dépistées et les femmes non dépistées. Il n’y a pas de recul des formes évoluées ni de recul du nombre de mastectomies totales. (1), (2), (3) (4)

    Le cancer du sein reste une préoccupation majeure de santé publique.

    La polémique sur les résultats des méta analyses des études randomisées est dépassée. Il faut inclure les études les plus biaisées pour montrer une baisse de mortalité, d’ailleurs constamment revue à la baisse. L’absence de résultat sur les études en population va dans le même sens pour affirmer que le dépistage et la recherche d’un diagnostic précoce sont un échec. (5) (6) (7)

    De même, la mastectomie radicale mutilante de Halsted a été un échec.

    Il a fallu attendre les années 1970/80 pour que Fisher et Veronesi remettent en cause l’hypothèse « Halstédienne » par des études randomisées et avancent une hypothèse alternative, qui ouvrait la voie à la chirurgie conservatrice :

    « Il n’y a pas d’ordre dans la dissémination de la tumeur. Les variations de traitement n’affectent pas la survie. »

    Ces constatations n’ont abouti ni à une remise en question du schéma retenu de l’histoire naturelle des cancers du sein ni à un changement des pratiques. Pourtant, il est évident que petit ne signifie pas précoce, volumineux n’exclut pas un diagnostic précoce, petit ne signifie pas obligatoirement bon pronostic.

    Deux constatations paraissent totalement contradictoires :

    1. Plus petite est la lésion découverte, meilleur est le pronostic.
    2. La diminution de la taille moyenne des lésions obtenue en population ne s’accompagne pas d’une baisse significative de la mortalité.
      Par ailleurs, parallèlement à cette diminution de taille, on constate une augmentation considérable de l’incidence de la maladie, c’est-à-dire du nombre de nouveaux cas découverts chaque année. L’incidence des cancers du sein en France a été multipliée par 2,3 entre 1980 et 2000.

    Deux hypothèses sont envisageables : une simple coïncidence entre la mise en place du dépistage et la survenue d’une épidémie de cancers du sein ou l’apparition de diagnostics de cancer du sein en excès liée au dépistage : le surdiagnostic. (8)

    Si l’accroissement continu des nouveaux diagnostics annuels correspondait à une épidémie de cancers à évolution létale, il faudrait alors que la réduction de mortalité grâce au dépistage soit considérable : on aurait un cancer guéri pour un décès en 1980 et trois cancers guéris pour un décès en 2000. Or ni les résultats les plus optimistes des essais contrôlés concernant la réduction de mortalité ni les progrès thérapeutiques durant cette période ne peuvent soutenir cette hypothèse.

    En outre, les études épidémiologiques et les résultats d’autopsies systématiques dans une population sans pathologie mammaire connue montrent un excès de cancers par rapport à ce qui est observé dans le même temps dans la population générale. (9) Plus on cherche, plus on trouve !

    L’hypothèse d’une majoration du surdiagnostic liée au dépistage n’a pas de contre argument objectif. L’augmentation de l’incidence est essentiellement due au surdiagnostic même si des facteurs environnementaux interviennent également. Mais les facteurs environnementaux ne peuvent pas expliquer la brutalité de l’accélération. (10) (11)

    Le surdiagnostic a une définition encore trop vague.

    Le surdiagnostic est le diagnostic histologique d’une “maladie” qui, si elle était restée inconnue, n’aurait jamais entraîné d’inconvénients durant la vie de la patiente.

    Dans le contexte de nos connaissances actuelles, ce n’est pas une erreur de diagnostic, c’est un diagnostic correct mais sans utilité pour la patiente. (12) (13)

    Ce concept pose un problème, il est totalement contre intuitif. Le surdiagnostic n’est identifiable ni par le soignant ni par l’anatomopathologiste ni par la patiente. Pour eux, il n’y a que des diagnostics.

    Sa réalité est mise en lumière par l’épidémiologie, en comparant des populations soumises à un dépistage d’intensité variable. Sans l’aide de l’épidémiologiste, la confusion entre taux de létalité et taux de mortalité est inévitable et elle masque la réalité du surdiagnostic.

    Le taux de létalité est le nombre de décès rapporté au nombre de diagnostics de cancer du sein. L’augmentation de l’activité diagnostique (dépistage) induit une augmentation des cas prévalents et du surdiagnostic noyé dans la masse des diagnostics, elle contribue ainsi à la diminution du taux de létalité et à l’impression d’un succès.

    C’est la perception qu’a le clinicien de la maladie chez un individu.

    Le taux de mortalité est le nombre de décès rapporté à l’ensemble de la population. C’est ce qui mesure vraiment l’efficacité d’une opération de santé publique. C’est la perception qu’a l’épidémiologiste de la maladie en population.

    Ce sont deux approches différentes de la maladie. En prendre conscience permet de comprendre la difficulté qu’éprouve le clinicien à ne pas se laisser égarer par le surdiagnostic.

    Le surdiagnostic est une explication de la contradiction entre le succès apparent des traitements sur des cancers diagnostiqués soi-disant “précocément” grâce au dépistage et l’absence de réduction significative de la mortalité en population. (14)

    Le surdiagnostic, plus fréquent parmi les petites tumeurs sans envahissement ganglionnaire, donne l’illusion de l’efficacité d’un diagnostic précoce, du dépistage et des traitements inutiles subis par les patientes surdiagnostiquées. (15)

    Dans l’état actuel de nos connaissances, il nous est impossible de différencier un cancer évolutif létal d’un cancer surdiagnostiqué mais ce que nous pouvons dire, pour en finir avec des pratiques médicales qui détruisent la vie de femmes bien portantes, c’est qu’une femme asymptomatique n’a aucun intérêt à risquer un surdiagnostic par le dépistage, qu’il soit de masse ou individuel, dans l’espoir d’un diagnostic précoce car le dépistage n’a aucun résultat probant, qu’il s’agisse de la baisse de mortalité ou de la réduction des formes avancées.

    La recherche d’un diagnostic précoce par le dépistage de masse organisé a été le catalyseur du surdiagnostic mais, en même temps, ce dépistage de masse a permis grâce aux études épidémiologiques qu’il a suscitées, d’apporter des éléments de preuve supérieurs à la simple observation clinique et il a mis en lumière la nécessité d’une nouvelle définition de la maladie cancéreuse du sein et de son histoire naturelle.

    Une conception de la définition et de l’histoire naturelle de la maladie à réécrire.

    Les pratiques diagnostiques et thérapeutiques actuelles sont liées à une définition de la maladie et à une hypothèse de son histoire naturelle erronées, qui perdurent depuis la fin du XIX siècle bien qu’elles soient contredites depuis des décennies par les faits et bien que leur bilan soit désastreux : la mortalité par cancer du sein a peu baissé, celui-ci reste un des cancers féminins les plus meurtriers, alors qu’on lui a consacré plus de moyens qu’à d’autres pathologies. (16)

    Rien dans l’histoire naturelle de la maladie que l’on observe avec les outils d’aujourd’hui ne permet de caractériser la notion de précocité du diagnostic. On ne connait pas l’élément fondateur de la maladie.

    Par ailleurs, il n’y a pas de lien de proportionnalité entre la taille tumorale et l’écoulement du temps. Du lien constaté entre la taille de la tumeur et le pronostic, on a déduit abusivement une corrélation entre petite taille tumorale et précocité du diagnostic, sous prétexte qu’une lésion a été petite avant d’être grosse.

    Or l’évolution de la maladie n’est pas linéaire : des tumeurs peuvent rester stables, régresser, disparaître, devenir grosses en quelques jours, des tumeurs millimétriques être métastasées. L’augmentation considérable du nombre de cancers in situ diagnostiqués et traités ne s’est pas accompagnée d’une diminution du nombre des cancers invasifs.

    La présence du surdiagnostic est la preuve que la maladie évolutive ne débute pas obligatoirement avec la découverte de l’anomalie histologique qui fait porter le diagnostic de cancer du sein. Cela vaut aussi bien pour des cancers invasifs que des in situ. Comment dans ces conditions parler de diagnostic précoce qui améliorerait le pronostic ?

    La quête d’un diagnostic précoce réalise simplement un biais de sélection, qui favorise le surdiagnostic. Cela explique que la mortalité ne soit pas influencée par le dépistage dans la population malgré la diminution de la taille tumorale observée en moyenne.

    La spécificité du dépistage de masse organisé est le paradoxe suivant : plus il s’améliore techniquement (et on ne cesse de l’améliorer), plus il devient pervers.

    En effet, la définition purement histologique du cancer du sein est insuffisante pour caractériser la maladie mortelle. Avec un même symptôme, la tumeur épithéliale, le cancer du sein apparaît comme une maladie hétérogène aux modalités évolutives multiples et opposées, allant de la régression à la mort, sans lien avec la précocité du diagnostic.

    Conclusion :

    Ces positions à contre courant découlent simplement de l’observation des résultats du dépistage. Le choix de celui-ci dans l’optique d’un diagnostic le plus précoce possible est un cul de sac.

    Le diagnostic « précoce » obtenu par la mammographie de dépistage est un leurre qui catalyse l’effet pervers le plus grave du dépistage : le surdiagnostic avec son corollaire, le surtraitement, intolérable compte-tenu de la nature des soins prodigués.

    Différer le diagnostic chez des femmes asymptomatiques est sans conséquence sur leur avenir, bien au contraire. L’heure est à la reconstruction d’une théorie de l’histoire naturelle du cancer du sein plus conforme aux faits et connaissances actuelles.

    Il faut en premier lieu répondre aux questions suivantes :

    – Qu’est – ce qu’un cancer ? Une maladie mortelle qui finit par tout envahir ou une anomalie cellulaire repérée au microscope à un moment t sans préjuger de son devenir ?

    – A partir de quand est-on malade ?

    – Pourquoi certains cancers ne se développent-ils pas ou régressent ?

    – Quel est le rôle réel de la tumeur épithéliale dans la maladie cancéreuse ?

    D’ores et déjà, la reconnaissance du surdiagnostic et de toutes ses conséquences devrait modifier les pratiques médicales, les résultats thérapeutiques étant actuellement mal interprétés du fait du surdiagnostic, dédramatiser l’urgence diagnostique, déculpabiliser les sceptiques, inciter le corps médical à être moins péremptoire dans ses propositions diagnostiques et thérapeutiques.

    Biblio

    (1) – BMJ 2014; 349 doi: http://dx.doi.org/10.1136/bmj.g6358 (Published 26 November 2014) Cite this as: BMJ 2014;349:g6358 Mammography screening Stable incidence of advanced breast cancer argues against screening effectiveness. Philippe Autier, Cécile Pizot, Mathieu Boniol, professor and senior statistician1

    (2) – Autier P., Boniol M., Gavin A., Vatten L. J. « Breast cancer mortality in neighbouring European countries with different levels of screening but similar access to treatment: trend analysis of WHO mortality database » BMJ 2011;343:d4411

    (3) – « Mammography screening. Truth, lies and controversy » ; P.C. Gotzsche ; Radcliffe Publishing, Londres, Prix Prescrire 2012

    (4) – Nikola Biller-Andorno,MD. Ph.D, Peter Jüni,MD ; “Abolishing Mammography Screening Programs ? A View from the Swiss Medical Board. N Engl J Med 2014 ;370 :1967 ; May 22, 2014 ; DOI : 10.1056/ NEJM p 140 1875.

    (5) – GOTZSCHE PC NIELSEN M Screening with mammography (Review) Cochrane 7 octobre 2009 issue 4

    (6) – Commentary on: Does screening for disease save lives in asymptomatic adults? Systematic review of 5 meta-analyses and randomized trials ; Paul G. Shekelle. International Journal of Epidemiology, 2015, 1–2 doi: 10.1093/ije/dyu267

    (7) – Revue Prescrire, (mars, avril, mai 2006, oct 2007)

    (8) – Overdiagnosed: Making People Sick in the Pursuit of Health ; H. Gilbert Welch (Author), Lisa Schwartz (Author), Steve Woloshin (Author)

    (9) – Nielsen M, Thomsen JL, Primdahls et al. Breast cancer and atypia among young and middle-aged women : a study of 110 medicolegal autopsies. Br J Cancer 1987 ; 56 : 814-819.

    (10) – Jorgensen K J, Gotzsche P C Overdiagnosis in publicly organised mammography screening programmes: systematic review of incidence trends BMJ 2009 ; 339:b2587

    (11) – Overdiagnosis and Overtreatment in Cancer An Opportunity for improvement. » Laura J. Esserman, MD, MBA, Ian M Thompson, Jr, MD, Brian Reid, JAMA. August 28, 2013; 310(8)

    (12) – BMJ 2016 ; 352:h6080 doi: 10.1136/bmj.h6080 (Published 6 January 2016) Why cancer screening has never been shown to “save lives”—and what we can do about it

    (13) – « Dois je me faire tester pour le cancer ? Peut-être pas et voici pourquoi. » G. Welch, Les presses de l’université de Laval. 2005

    (14) – Médecine (vol 2 N° 8 2006) « Le dépistage : Une bonne intention, une mauvaise théorie de l’histoire naturelle de la maladie, un résultat absurde » Duperray B, Junod B.

    (15) – « Twenty five year fellow-up for breast cancer incidence and mortality of Canadian National Breast Screening Study : randomised screening trial » Anthony B Miller, C Wall, C J Baines, P Sun, T To, BMJ / 2014, 348 g366 doi : 10.1136

    (16) – Harding C et coll. et coll. Breast Cancer Screening, Incidence, and Mortality Across US Counties. JAMA Intern Med. Published online July 06, 2015. doi:10.1001/jamainternmed.2015.3043

    Source : https://www.cancer-rose.fr/le-sur-diagnostic-par-dr-bernard-duperray/